Episode 16 – Piotr Ilitch Tchaïkovski « Concerto pour violon en ré majeur, opus 35 »

 

Ceux qui me connaissent un peu ont forcément eu vent de mon amour pour la musique classique (terme que je déteste, mais que je trouve toujours moins pire que celui de musique savante). Quel lien entre le classique et le Metal ? S’il y a bien un genre binaire qui emprunte au niveau mélodique ou formel à la musique classique, c’est bien le Metal. Du solo du « Metal Heart » d’Accept tiré de La Bagatelle en la mineur, WoO 59, « La Lettre à Élise » de Beethoven au « Vltava » de Cult Of Fire reprenant le thème du Moldau de Bedrich Smetana, les emprunts mélodiques ont été nombreux ; seuls Serge Gainsbourg et John Williams en ont fait autant. Au niveau de la forme, nous pourrions bien évidemment évoquer l’œuvre de Septicflesh, dont certains albums sont composés comme des symphonies, ou nombre de titres de Black Metal, genre qui a plus que tout autre redonné sans le savoir ses lettres de noblesse à l’art de la fugue. 

 

Enfin, comment ne pas évoquer le triton, qualifié au Moyen-Âge de « Diabolus In Musica » (le Diable dans la musique) ? Cet intervalle de trois tons (quarte augmentée, à ne pas confondre avec l'intervalle de quinte diminuée, formé de 2 tons et 2 demi-tons) engendre une attente ou tension pour l'auditeur, contrairement à une quarte juste qui produit un effet conclusif et apaisant appelé aussi résolution. La particularité de cet intervalle de trois tons est que sa seule résolution est lui-même. Cet effet d'intervalle désagréable était d'autant plus présent que, contrairement à aujourd'hui, les instruments du Moyen-Âge n'étaient pas tempérés. Aussi, son usage, considéré comme diabolique du fait de la tension physique qu’il engendre, fût-il strictement interdit en musique religieuse, sous peine d’excommunion. Le triton est aujourd’hui l’accord de base utilisé dans le Metal, ce qui explique grandement le côté insupportable du genre pour certains, ou son côté parfaitement addictif pour d’autres ; le fait d’aimer ou détester le Metal n’est donc peut-être pas uniquement une question de culture et de goût, mais aussi une réponse, si ce n’est une aptitude, parfaitement physiologique.

 

Aussi serait-il de bon ton que l’amateur de Metal, en sa qualité d’être rompu à une certaine exigence esthétique et physique, se penche parfois, en plus du solfège,  sur le répertoire classique. Et pourquoi ne pas commencer par l’œuvre que je préfère entres toutes, le concerto pour violon en ré majeur, opus 35 de Piotr Ilitch Tchaïkovski ? J’assume parfaitement ce choix arbitraire, car c’est l’avantage d’être indépendant : je fais ce que je veux (et ça, c’est archi Trve).

 

Nous sommes en 1877. Piotr Ilitch Tchaïkovsky se remet difficilement de son mariage raté avec Antonia Miliukova, et de la tentative de suicide qui en suivi. Le compositeur, qui aspire aux plus hautes sphères de la très hiérarchisée musique russe, est désespérément gay, et cela n’est acceptable ni pour lui, ni pour ses pairs. Aussi décide-t-il de fuir à Clarens, en Suisse, en compagnie de son frère Modeste. Le but est de passer à autre chose, de terminer l’orchestration de sa quatrième symphonie, ainsi que l’écriture de son opéra Eugène Onéguine ; en dehors de ces travaux techniques, Tchaïkovsky est en panne d’inspiration, et ne réussit absolument pas à terminer sa seconde sonate pour piano, dont il avait commencé l’écriture quelques mois plus tôt. Cela l’exaspère, et la mélancolie s’empare de lui.

Le 14 mars 1878, la visite impromptue de son ex élève et  violoniste Josef Kotek, alors âgé de 23 ans, va réveiller sa créativité. S’il est difficile de déterminer avec certitude si les deux hommes deviendront amants, on sait qu’ils passèrent de très long moments à déchiffrer la Symphonie Espagnole pour Orchestre et Violon d’Edouard Lalo. La découverte de cette œuvre incite Tchaïkovsky à abandonner sa seconde sonate pour piano pour se concentrer sur la composition de son premier concerto pour violon. Si Tchaïkovsky n’avait jamais écrit pour violon auparavant, c’était simplement parce  qu’il ne maîtrisait pas l’instrument ; mais là, pouvant s’appuyer sur son frère Modeste et les précieux conseils techniques de Kotek, il s’attèle à la tâche. En seulement 11 jours, il finit la partition, et en deux semaines, il en achève l’orchestration. Une fulgurance.

Euphorique, Tchaïkovsky présente son œuvre à Kotek et Modeste ; si les deux sont enthousiasmés par le premier mouvement, l’Allegro Moderato en ré majeur, ils se montrent très critiques voir acerbes en ce qui concerne le second, l’Andante. Loin de bloquer Tchaïkovsky, ces remarques sans appel le décideront à réécrire entièrement l’Andante (mais il ne jettera pas la page originelle pour autant, vu qu’il l’intégrera plus tard sous le titre « Méditation » à son cycle « Souvenir d’un lieu cher ») ; au final, le Conzonetta Andante en sol mineur que nous connaissons aujourd’hui, même s’il est moins spectaculaire que le premier mouvement du même concerto, est sans doute l’une des partitions les plus touchantes et les plus mélancoliques du compositeur.

La logique aurait voulu que Tchaïkovsky dédie son œuvre à Josef Kotek et lui demande d’en être le premier interprète ; mais les deux hommes ont peur du qu’en dira-t-on, et de toute façon, Tchaïkovsky a besoin d’une star pour son retour à Vienne, celui qu’il avait en tête au moment de la composition, le violoniste Leopold Auer, auquel il dédie imprudemment l’œuvre. A la lecture de cette dernière, Auer refuse de l’interpréter, la jugeant injouable, non sans signifier à Tchaïkovsky qu’il l’étudierait avant de l’ajouter à son répertoire (ce qu’il fera effectivement en 1893, après de nombreuses corrections ; c’est ainsi qu’il existe deux partitions du concerto pour violon, la Brodsky et la Auer).

Vexé, privé de sa star, Tchaïkovsky retire sa dédicace à Auer pour la donner à Adolf Brodsky, violoniste qu’il connaît bien, vu qu’il fût le créateur de sa Sérénade Mélancolique à Moscou en 1876. Il est clair que ça n’a pas l’aura qu’imaginait le compositeur ; si on doit faire une comparaison aussi absurde qu’injuste, c’est comme si on rêvait de Gojira feat Slash à 23h le samedi sur la Mainstage pour finalement se retrouver avec Gojira feat. Jean Michel Ledoux, honnête prof de guitare à Vezoul, toujours sur la Mainstage, mais le dimanche à 17h00.

Le 22 novembre 1881 (ou le 4 décembre ; il y a effectivement un doute sur la date exacte de la première, les archives de l’Opéra de Vienne ayant disparu dans l’incendie qui ravagea le bâtiment le 12 mars 1945) l’œuvre est présentée sous la direction d’Hans Richter, et la réaction critique est unanimement catastrophique. Edouard Hanslik, le critique le plus réputé et écouté de l’époque écrira même : « On ne joue plus du violon, on le met en pièces, on le roue de coups », allant jusqu’à parler d’une « musique qu’on entend puer. »

… Mais le public n’en a cure, et l’œuvre commence à avoir un certain succès, jusqu’à l’apothéose, son interprétation par Leopold Aueur en 1893, quelques semaines avant la mort de Tchaïkovsky. Depuis, ce concerto, réputé pour être l’œuvre la plus difficile jamais créé pour violon, est devenue une partition légendaire, un passage obligé pour tout soliste qui aspire à sortir du lot.

 

Meilleures interprétations :

 

Maxim Vengerov, Berliner Philharmoniker, sous la direction de Claudio Abbado

Nathan Milstein, Wiener Philharmoniker, sous la direction de Claudio Abbado

David Oistarkh, The Phildelphia Orchestra sous la direction d’Eugene Ormandy

Anne-Sophie Mutter, Wiener Philharmoniker sous la direction de son mari, André Previn

 

Interprétation la plus dure :

 

Patricia Kopatchinskaja, Musicaeterna sous la direction de Teodor Currentzis

 

Les coups de cœur :

 

Janine Jansen, Mahler Chamber Orchestra sous la direction de Daniel Harding

Joshua Bell, The Cleveland Orchestra sous la direction de Vladimir Askhenazy

 

A lire : « Tchaïkovsky » de Jérôme Bastianelli aux éditions Actes Sud / Classica

 

Tchaïkovsky, Concerto pour Violon, Janine Jansen, Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Jarvi le 21 janvier 2015 (concert auquel votre serviteur a eu la chance d’assister ; j’ai vu le concerto interprété par Joshua Bell, Anne-Sophie Mutter, Lisa Batiashvili, Hilary Hahn, et pas mal d’autres aussi, mais pour une raison que je n’explique toujours pas, seul ce concert m’a vu finir en larmes ; enjoy) : www.youtube.com/watch?v=hlq1GcHJz8k

 

Accept « Metal Heart » (checkez le solo à la troisième minute) : www.youtube.com/watch?v=KKx9UxD9t2U

Cult Of Fire « Vltava » https://www.youtube.com/watch?v=jTlapVqx0hs

 

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Episode 14 - Roger Glover & Guests "The Butterfly Ball And The Grasshopper’s Feast”

 

L’histoire de la musique est émaillée d’œuvres qui feront scandale avant de faire école (Stravinsky « Le sacre du printemps »), de faces B destinées à l’oubli dont le public fera des tubes (Indochine « J’ai demandé à la Lune »), de titres rescapés devenus des classiques (The White Stripes « Seven Nation Army »), de titres hors cadres au niveau commercial devenus d’énormes succès (Queen « Bohemian Rhapsody », Underworld « Born Slippy »)…

 

Et il y a aussi les œuvres maudites. Celles qui ont affronté tous les vents contraires, celles dont l’échec, voire l’abandon, était prévisible, mais qui finalement devinrent des classiques. On pourrait bien sûr évoquer le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 35 de Tchaïkovsky ou encore le « De Mysteriis Dom Sathanas » de Mayhem, mais aujourd’hui, fêtes de fin d’année oblige, j’ai décidé de vous parler d’un conte pour enfants, le « Butterfly Ball And The Grasshopper’s Feast » de Roger Glover & Alan Altridge.

 

En 1971, Alan Altridge, illustrateur de génie, célèbre pour son « Beatles Illustrated Lyrics » ou encore la pochette de « A Quick One » des Who, imagine un conte pour enfant, « The Butterfly Ball & The Grasshopper’s Feast », inspiré d’un poème de 1807 signé William Roscoe. Il s’adjoindra les services du poète William Plomer afin de mettre en mots ses idées. Altridge a beaucoup d’ambition pour son projet ; il imagine un livre, un film d’animation et bien évidemment la bande originale afférente.

 

Nous sommes en 1973. Roger Glover (co-auteur, entre autres, de « Smoke On The Water »), en pause de Deep Purple, a décidé de se consacrer à la production. Il vient notamment de produire Nazareth et un obscure groupe américain, Elf, où officie un certain Ronnie James Dio. 

Bien que n’étant pas le premier choix d’Alan Altridge (ce dernier avait approché Pink Floyd), Roger Glover tient tellement à s’atteler à la bande originale du futur dessin animé qu’il finira par décrocher le job, grâce notamment à l’intervention de Tony Edwards (manager de Deep Purple) et d’un certain John Craig (de British Lion Film, producteur du dessin animée en devenir). 

 

Première difficulté et pas des moindres : William Plomer meurt le 21 septembre 1973 ; il devient alors impossible de modifier ses textes pour les adapter à la musique.

 

Deuxième difficulté, propre aux travaux de commande : Glover doit s’adapter à la vision d’Altridge ; ce dernier lui demande de s’inspirer des Beatles et de Benjamin Britten, ce que Glover fera. Ainsi, « Love Is All » ne ressemble-t-il pas par hasard au « All You Need Is Love » des Beatles ; c’était parfaitement délibéré et même voulu.

 

Troisième difficulté, rassembler un casting, suffisamment décomplexé pour s’atteler à une œuvre destinée à la jeunesse. Glover est heureusement un homme de réseau, et il sait pouvoir s’appuyer sur ses amis. Participeront au projet (pour ne pas tous les citer, mais excusez du peu) :

 

  • Ronnie James Dio (Elf, Rainbow, Black Sabbath, Dio)

  • Glenn Hugues (Trapeze, Deep Purple, Black Sabbath, Black Country Communion)

  • David Coverdale (Deep Purple, Whitesnake)

  • Eddie Hardin (The Spencer David Group)

  • Michael Giles (King Crimson)

  • Mickey Lee Soule (Elf)

  • Les Binks (Fancy, Judas Priest)

  • John Lawton (Uriah Heep)

  • Eddie Jobson (Jethro Tull, Roxy Music, Yes, Frank Zappa)

  • Tony Ashton (Paice, Ashton & Lord) 

  • Johnny Gustatfon (The Big Three, Quatermass)

  • Barry St John (The Big Six, Les Humphreys Singers, mais aussi les voix féminines du « Dark Side Of The Moon » de Pink Floyd)

 

Dernière difficulté, et pas des moindres : s’il existe un extrait de 3 mn illustrant la chanson « Love Is All » (chanté par Dio), la crise pétrolière frappe tellement durement l’économie britannique que British Lion Film abandonne la production du dessin animé. Certes, il reste le livre, mais à l’époque, vendre la bande originale d’un livre n’est pas franchement une habitude très répandue. L’album sort le 18 novembre 1974 et sera bien évidemment un semi échec commercial (semi, car il se passera des choses en Europe, et plus particulièrement en France, comme nous le verrons par la suite).

 

Bien décidés à ne pas en rester là, Glover et Altridge ont le projet fou de porter le projet sur scène à Londres, au Royal Albert Hall, ce qu’ils feront en septembre 1975. L’acteur Vincent Price (la voix en intro et outro du « Thriller » de Michael Jacskon) tiendra office de narrateur... Mais Froggy, l’un des personnages clés de l’histoire, interprété sur le disque par Dio, pose problème ; en effet, le chanteur a nouvellement rejoint Rainbow, et Ritchie Blackmore lui interdit formellement de participer au concert. Dio sera donc remplacé par une femme, le délicieuse Twiggy, égérie du Swinging London, la première supermodel de l’histoire moderne. Un film sera tiré de ce concert, que Glover reniera, la production ayant décidé d’entrecouper les images du show de scènes jouées apparemment très ringardes, voire carrément embarrassantes (je dis « apparemment » car je n’ai personnellement pas vu le film).

 

En France, le projet aura une résonnance étonnante, et marquera durablement toute une génération. La télévision française, en 1975 est composée de 3 chaînes d’état : TF1, Antenne 2 et FR3. Antenne 2 est alors le diffuseur attitré des émissions destinées à la jeunesse ; la chaîne décide d’acquérir les droits du dessin animé «démo » de 3 minutes de « Butterfly Ball », « Love Is All », pour l’utiliser comme interlude lors des coupures d’antenne (les problèmes techniques étaient monnaie courante à l’époque). La diffusion parfaitement aléatoire du programme pendant des années en fera un instant attendu par tous les gamins de France, et aujourd’hui une gigantesque madeleine de Proust. Pour la petite histoire, Sacha Distel fera une adaptation française de « Love Is All », qui se classera, ainsi que l’originale, dans le top 10 des meilleurs ventes de 45t en France pour l’année 1975.

 

Ronnie James Dio "Love Is All" : www.youtube.com/watch?v=BR6pYICqZT0

Sacha Distel "Toutes les mêmes” 

(reprise de "Love Is All") : www.youtube.com/watch?v=D6a62yFlMlc

 

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Episode 15 - William S. Burroughs & Kurt Cobain “The “Priest” They Called Him”

 

A l’été 93 sortait dans une relative discrétion un ovni, le résultat d’une idée un peu folle né dans l’esprit du leader de Nirvana, alors au firmament : une collaboration entre l’icône du Grunge et le légendaire poète et romancier William S. Burroughs (1914-1997, figure incontournable de la Beat Generation aux côtés de ses amis Jack Kerouac et Allen Ginsberg).

 

Comme beaucoup d’ados, Kurt Cobain est devenu un inconditionnel de Burroughs au lycée. L’auteur du « Festin nu », de « La machine molle » ou encore de « Queer » aura une influence indiscutable sur l’œuvre à venir de Cobain : ce ton très décalé, ces univers hallucinés qui pourtant s’ancrent dans une certaine réalité, ce goût très prononcé pour la provocation, avec souvent un fond d’humour parfois grinçant… Beaucoup de choses dans l’écriture de Cobain rappellent Burroughs, si ce n’est la thématique homosexuelle, omniprésente dans l’œuvre du poète et fort peu évoquée par Cobain (si ce n’est avec « All Apologies » ; je vous invite à relire les paroles). Surtout, et c’est le plus triste, les deux hommes ont une passion commune pour l’héroïne.

 

En 1992, Kurt Cobain contacte Burroughs, alors âgé de 78 ans, pour lui proposer une collaboration. Pour seul réponse, William S. Burroughs lui envoie un enregistrement audio de sa nouvelle « Junky’s Christmas », originellement publiée en 1973 dans le recueil « Exterminator ». Deux mois plus tard, Kurt Cobain y ajoutera des guitares, mais le résultat restera inédit. 

Les deux hommes finissent par se rencontrer brièvement à Lawrence (Kansas), lieu de résidence de Burroughs ; ils décident alors de produire « The « Priest » They Called Him », une version spoken words du « Junky’s Christmas ». L’histoire est celle d’un héroïnomane qui cherche sa dose un soir de Noël ; la suite - qui implique une valise en cuir, des jambes coupées, un mexicain en manque et la mort - est du pur Burroughs.

 

William S. Burroughs enregistrera sa partie en septembre 1992 à Lawrence ; en novembre, Kurt Cobain enregistrera la guitare en une prise à Seattle. Le résultat final est un objet relativement inconfortable à écouter, mais assez fascinant. Le packaging l’est également ; le premier pressage est un picture disc 10’’ numéroté à la main, et le second pressage est un 10’’ plus traditionnel ; les deux versions ont en commun d’avoir une face B vierge, juste dédicacée dans la masse par les deux protagonistes ; on notera d’ailleurs que Kurt choisira pour l’occasion de signer de son nom complet Kurtis Donald Cohbaine. Allez savoir pourquoi, je trouve ça émouvant.

La photo de la pochette est de Mark Trunz, le portrait de Burrough figurant au dos est signé Gus Van Sant (le réalisateur de « Drugstore Cowboy » immortalisant Burroughs… Il n’y a décidemment pas de hasard)… Enfin sachez que le monsieur en photo sur la pochette dans le rôle du « Priest » n’est autre que Krist Novoselic, bassiste de Nirvana.

 

Si nombre d’auteurs et de poètes ont écrit des chansons pour d’autres (à commencer par Prévert), les collaborations enregistrées me semblent plus rares. Seule celle d’Irvin Welsh avec Primal Scream en 1996 (« The Big Man And The Scream Team Meet The Barmy Army Uptown”) me vient à l’esprit. Si vous en connaissez d’autres, merci de les partager avec moi !

 

William S. Burroughs & Kurt Cobain “The “Priest” They Called Him” : www.youtube.com/watch?v=pi1XPmFH6H8

 

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Episode 13 - Jack Off Jill "Humid Teenage Mediocrity -

A Collection Of Early JOJ Recordings 1992-1996”

 

Je vais être franc ; je me suis assez longuement posé la question de la pertinence d’évoquer Jack Off Jill, et c’est la relecture des notes de pochette de cette compilation signées par un certain Marylin Manson qui m’a finalement convaincu de le faire. Même si Jack Off Jill (que j’ai toujours considéré comme un sous Hole relativement médiocre) ne m’a jamais fasciné, force est de constater que je ne suis en rien omniscient, et que sans doute Marilyn Manson ou encore Robert Smith (The Cure) ne peuvent pas s’être trompés à ce point au sujet de Jessicka Adams…

 

En 1992, Jessicka Adams et Tenni ‘Ah-Cha-Cha » Arslanyan forme Jack In Jill à la Piper High School de Fort Lauderdale (Floride). La même année, ils se retrouvent un peu par hasard à ouvrir au Five Plus Lounge pour un autre groupe local, Marilyn Manson & The Spooky Kids. Manson aura le coup de foudre et décidera de prendre Jack In Jill sous son aile ; sa première recommandation sera d’ailleurs de changer le nom du groupe de Jack In Jill en Jack Off Jill. 

Marilyn Manson produit leurs démos (rassemblées notamment sur le disque prétexte à cette chronique), les prends en première partie, et la notoriété du groupe grandit suffisamment pour que Jack Off Jill se voit offrir le support de Joan Jett, L7 ou encore Silverfish. 

 

De 1992 à 1996, Jack Off Jill autoproduit une poignée de singles et quatre albums (« Children 5 And Up », produit par Marylin Manson, “The Boygrinder Session”, “Cannibal Songbook”, co-produit avec Marilyn Manson et enfin “Cockroach Waltz »)… Mais ne finira par signer sur un label (Risk Records) qu’en 1997 ; en septembre de cette même année sortira « Sexless Demons & Scars » (produit par Don Fleming, leader de Gumball, producteur de Sonic Youth, Hole ou encore des Screaming Trees), qui ne rencontrera pas le succès escompté. Suivra « Covetous Creature », un EP de remixes produit avec l’aide de Scott Putesky, plus connu sous le nom de SMP (membre fondateur de Marilyn Manson). En avril 2000, Jack Off Jill jouera son dernier concert sur la scène du Troubadour de Los Angeles.

 

En 2012, Jessicka Adams formera Scarling. Robert Smith (The Cure) dira de Scarling « une musique pop sombre, désespérée, chaotique, magnifique, le son de la fin du monde » ; il les invitera même à rejoindre la tournée Curiosa en 2004. Scarling est toujours actif aujourd’hui.

 

En 2015, Jack Off Jill se réunira pour 5 concerts (dont Londres et Manchester), avant de disparaître complétement.

 

Pour la petite histoire, Jessicka Adams formera en 1993 avec Marilyn Manson, Madonna Wayne Gacy, Daisy Berkowitz et Jordie White (Amboog-A-Lard) le projet Mrs. Scabtree, qui jouera deux gigs en Floride et composera 3 titres, dont le fameux « Herpes », aujourd’hui injustement attribué aux Spooky Kids.

 

Enfin, au niveau des faits divers sordides, en mai 2017, Jessicka Adams dénoncera Twiggy Ramirez (bassiste de Marylin Manson) pour un viol commis en 1997. 

 

Jack Off Jill "My Cat" : www.youtube.com/watch?v=r6-ZccfRrIo

Mrs. Scabtree “Herpes” : www.youtube.com/watch?v=hCKEC6Ns98Y

Scarling “Sweet Heart Dealer” : www.youtube.com/watch?v=XdMBE2idf9g

 

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Episode 11 - Twilight

 

Vous êtes sans doute relativement nombreux à connaître Sonic Youth et son leader Thurston Moore. Mais saviez-vous que Thurston était un fin connaisseur de la scène Black Metal, et même un activiste de cette dernière ? Non seulement on lui doit la publication des « Death Archives » signées Necrobutcher de Mayhem (aujourd’hui traduites en français et disponible au shop), l’exposition Mayhem qui s’est tenu à Londres il y a quelques années, mais également nombres d’articles aussi érudits qu’intéressants sur le sujet (cherchez sur le web). Ce n’est pas pour rien s’il a été sollicité pour témoigner dans le reportage « Bleu Blanc Satan » consacré à la scène Black Metal française ; le monsieur est un expert sur le sujet. Mais saviez-vous qu’il était également acteur de la scène ? Non ? Alors je vous invite donc à découvrir Twilight (ne cherchez pas dans les crédits, il n’y apparaît pas, mais il est bien membre du groupe depuis 2012, où il officie en qualité de guitariste).

 

Twilight est un supergroupe de Black Metal américain, qui comptera dans ses rangs des membres de Xhastur, Draugar, Leviathan, Nachmystium, Lichens, Isis, Krieg, Lurcher Of Salice, The Atlas Moth et donc Sonic Youth.

 

Fondé en 2005, sous l’impulsion du label suédois Total Holocaust Records, Twilight sort un premier album éponyme dans la foulée, qui loin d’être un patchwork est une sorte de concentré du meilleur de chaque groupe. L’album s’enregistrera de façon épistolaire, chaque membre s’envoyant des cassettes 4 pistes que le réceptionnaire enrichi de son travail avant de les faire suivre à un autre (c’était une pratique très courante de la scène Black Metal nordique dans les années 90). Metal Hammer a considéré depuis cet album comme un opus fondamental de la scène Black Metal américaine.

En 2009, le groupe se reforme, avec un important changement de casting, et sort en 2010 sur le label Southern Lords Records son second album, « Monument To Time End », aussi bon et captivant que le premier (de mon point de vue).

A l’été 2012, Thurston Moore rejoint Twilight, et un troisième album voit le jour en 2014, « III : Beneath Trident’s Tomb ». C’est encore une fois une réussite.

Le groupe nous a laissé sans nouvelles pendant de nombreuses années, jusqu’à la sortie en digital d’un EP, « Trident Death Rattle » le 6 avril 2018… On peut donc garder espoir quant à un futur album de Twilight...

 

Précision importante : même si vous n’êtes pas fan de Black Metal, penchez-vous sur Twilight… Moins austère et aride que nombreux groupes du genre, ce qui caractérise Twilight, c’est un sens inné de la mélodie et des influences Doom, Trash et Death Metal, rendant le projet accessible, même à des novices.

 

Twilight « Swarming Funeral Mass » : www.youtube.com/watch?v=jUKLEE_x350

Juste pour le plaisir… Sonic Youth “100%” : www.youtube.com/watch?v=N3gN9Up6hmc

 

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Episode 12 - The Soft Pink Truth "Why Do The Heathen Rage ?" – Electronic Profanations of Black Metal Classics” (2014)

 

Hier, je vous révélai que Thurston Moore de Sonic Youth était impliqué dans la scène Black Metal. Ce n’est pas le seul musicien hors cadre à s’intéresser au genre, la preuve aujourd’hui avec Drew Daniel (Matmos) et son projet The Soft Pink Truth.

 

Avant toute chose, Drew Daniel fait partie au côté de M.S. Schmidt de Matmos, duo electro expérimental, militant de la cause homosexuel, à qui l’on doit des albums comme « A Chance To Cut Is A Chance To Cure » (2001), composé uniquement de sons samplés dans des blocs opératoires (auquel succédera « California Rhinoplasty EP », composé à partir… Je suis sûr que vous avez deviné), ou dernièrement « Ultimate Care II » (2015), retraçant un cycle de machine à laver. Matmos produira « Vespertine » pour Björk en 2001. Je ne vais pas m’étendre plus sur Matmos, mais n’hésitez pas à venir me poser des questions si le sujet vous intéresse.

 

En 2003, Drew Daniel fonde The Soft Pink Truth, suite à un défi lancé par un autre grand nom de la musique électronique, Matthew Herbert : « Drew, tu es incapable de produire un album de House Music ». En 2003 sort le fantastique « Do You Party ? » (comme pour Mayhem, Kiss ou encore Motörhead, je revendique mon droit absolu à la subjectivité et à la mauvaise foi dès qu’il s’agit de Matmos), suivi en 2004 de « Do You Want New Wave. Or Do You Want The Soft Pink Truth ? ».

 

Il faudra attendre 10 ans et l’an de grâce 2014 pour voir réapparaître The Soft Pink Truth avec l’album qui nous intéresse aujourd’hui, « Why Do The Heathen Rage ? », un album de reprises de standards du Black Metal à la sauce électronique. Je savais Drew Daniel très fan du genre (nous avons eu des discussions passionnées sur le sujet lorsque je travaillais avec Matmos aux débuts des années 2000), mais je ne le pensais pas capable de franchir le cap. Au milieu des reprises de Venom, Sarcófago, Sargeist, Mayhem, Darktrhrone, Beherit ou encore Hellhammer, trois titres sont en marge ; tout d’abord « Invocation For Strenght » (déclamé ici par Antony d’Antony & The Johnsons), qui est un poème de Moonrose Shaundel Angeles qui apparaissait dans le « Witchcraft And The Gay Counterculture » d’Arthur Evan, ensuite « Let There Be Ebola Frost » (du pure Daniels)  et enfin « Grim And Frostbidden Gay Bar », qui est une parodie de Black Metal signée Impaled Northern Moonforest (un side project de Seth Putman, fondateur d’Anal Cunt). Le livret ne manque pas d’intérêt non plus, notamment le texte « Confession Of A Former Burzum Tee-Shirt Wearer ».

Un titre cependant ne figurera pas sur l’album, Thrill Jockey, le label de Soft Pink Truth l’ayant refusé pour raison idéologique : la reprise du « Rundtgåing Av Den Transcendentale Egenbetens Støtte » de Burzum (qui sera cependant disponible en ligne quelque temps avant de disparaître) ; on est en droit de le regretter amèrement.

 

J’entends d’ici les Trve crier à la profanation… Drew Daniel s’y attendait, d’où le sous-titre donné à l’album « Electronic Profanations of Black Metal Classics », ainsi que le choix de dédier l’album à la mémoire de Magne Andreassen (l’homosexuel assassiné par Faust d’Emperor le 21 août 1992 à Lillehammer). 

Les mecs, vous n’avez pas compris que le Black Metal est transgressif et qu’à ce titre, il a le droit, si ce n’est le devoir, d’être lui-même transgressé et interrogé ?

 

"Why Do The Heathen Rage ?” est tout sauf une blague potache ; c’est un hommage vibrant et une mise en perspective autant qu’en abîme du Black Metal, signé par un véritable passionné du genre. Dommage si certains ne le comprennent pas…

 

PS : une fois n’est pas coutume, ce n’est pas une photo pourrie prise avec mon téléphone, mais un scan qui illustre ce sujet… Histoire que vous puissiez mieux apprécier les détails de la pochette.

 

The Soft Pink Truth "Black Metal” : www.youtube.com/watch?v=cEC2hUHqEg4

 

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Episode 10 - Hanoi Rocks "Back To Mystery City”

 

De la vague Metal Glam des années 80, s’il y a un un groupe injustement oublié, ou dont on se rappelle pour de mauvaises raisons, c’est bien Hanoï Rocks.

 

Pour une raison obscure, la majorité des hardos français des années 80 étaient persuadés qu’Hanoï Rocks était un groupe américain. Il n’en était rien. Fondé en 1979 en Finlande, à Helsinki plus précisément, par Michael Monroe (de son vrai nom Matti Antero Kristian Fagerholm, chant) et Andy McCoy (Antti Hulkko pour l’état civil, guitare), Hanoï Rocks développe tout de suite de fortes ambitions.

 

Après un premier album, « Bangkok Shocks Saigon Shakes Hanoï Rocks » (1981) plutôt réussi, le groupe décide de s’installer à Londres en 1982, afin de faire décoller sa carrière internationale. Au passage, ils virent leur batteur historique (Gyp Casino) pour s’adjoindre les services de l’anglais Nicholas « Razzle » Dingley. Grand bien leur a pris. Les albums « Oriental Beats » (1982) et « Self Destruction Blues » (1983) se font remarquer, et sans devenir une machine de stade, Hanoï Rocks réussi à tourner en Inde ou encore au Japon.

 

En Mai 1983, le groupe sort « Back To Mystery City », un très grand disque (pour moi leur meilleur), produit par deux ex Mott The Hoople, Dale Griffin et Pete Watts. Même s’il y a une certaine légèreté et beaucoup de fun dans cet album (cf « Malibu Beach Nightmare »), il est parfaitement maîtrisé, les influences Alice Cooper/New York Dolls sont digérées, et les chansons sont ciselées. 

Le public ne s’y trompe pas (l’album se classera 87ème en Angleterre, 64ème au Japon et 6ème en Finlande)… Et la critique n’est pas en reste, déjà à l’époque et encore plus au fil du temps : le mensuel allemand Rock Hard a classé « Back To Mystery City » à la 293ème place de son classement des 500 meilleurs albums rock et metal de tous les temps ; en 2006, l’album figurera également en bonne position dans le fameux « 1001 Albums You Must Hear Before You Die » de Robert Dimery.

 

Tous cette agitation finira par persuader CBS de signer Hanoï Rocks. 

Début 1984, le groupe s’envole donc pour les Etats-Unis, et en août de la même année sort « Two Steps From The Move », produit par Bob Ezrin (Pink Floyd, Kiss, Alice Cooper…). Plus metal que son prédécesseur, l’album est fait pour conquérir le monde. Pour la petite histoire, sachez que c’est du titre « Underwater World » qu’un très grand fan d’Hanoi Rocks, un certain Axl Rose, tirera la phrase « Welcome To The Jungle » ; l’hommage va d’ailleurs plus loin, le titre de Guns utilisant la même tonalité et les mêmes quintes que celui des Finlandais.

 

C’est alors que plus rien ne semble pouvoir arrêter la course d’Hanoi Rocks que se produira le drame. 

Hanoi Rocks vient d’entamer sa première tournée américaine, mais Michael Monroe se casse la cheville, obligeant le groupe à se mettre en pause à Los Angeles. 

Le 8 décembre, Razzle trompe son ennui avec son pote Vince Neil, chanteur de Mötley Crüe, dans la maison de ce dernier. A court d’alcool, les deux compères doivent ravitailler ; Vince Neil prend le volant de sa voiture (une De Tomaso Pantera) ; alcoolisé, il roule trop vite, perd le contrôle de son bolide et percute un véhicule venant en sens inverse. Au moment du choc, Razzle est éjecté de la voiture et très grièvement blessé ; le pronostic vital des deux occupants du véhicule percuté est également engagé. Razzle sera transporté à l’hôpital de South Bay, mais fût déclaré mort à son arrivée à 7h12. Il avait 24 ans.

 

Traumatisé par ce drame, Hanoi Rocks se séparera en 1985 (avant de revenir sous une autre forme en 2002, mais ceci est une autre histoire).

 

"Malibu Beach Nightmare" : www.youtube.com/watch?v=G1EUPq_Fak0

“Underwater World” : www.youtube.com/watch?v=KwtiKcA510w

 

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Episode 9 - Death Karma  "The History Of Death & Burial Rituals"

 

Ce qu’il y a de fascinant avec le Black Metal, c’est que les side projects sont tellement nombreux qu’il devient presque impossible de s’y retrouver (je pourrai vous faire des pages sur les galaxies MGLA ou Taake). La particularité de Death Karma est d’être un side project de Cult Of Fire, composé uniquement des membres de… Cult Of Fire.

 

Pour les novices, Cult Of Fire est un trio Tchèque basé à Prague, composé de Tom Coroner (batterie), Devilish (chant) et Infernal Vlad (guitare, basse, chant et concept). Actif depuis 2010, Cult Of Fire a déjà produit 4 albums, un live et 5 EP (et tous valent le détour). La particularité du groupe est d’être uniquement axé (que ce soit dans la forme comme dans le fond) sur l’Hindouisme, essentiellement Kali. Ils changent aussi de logo à chaque enregistrement… Une double singularité dans l’univers Black Metal.

Au niveau de la forme, ainsi qu’au niveau de l’esthétique de scène, on peut dire que Batushka s’est bien inspiré de Cult Of Fire (ils ont juste remplacé l’Hindouisme par le culte Orthodoxe) ; cette affirmation n’engage que moi.

 

En 2013, Cult Of Fire crée l’entité Death Karma et sort un premier single “A Life Not Worth Living”. En 2015, l’album « The History Of Death & Burial Rituals part I” voit le jour. Le sujet de l’album est de recenser les rites funéraires à travers le monde, pays par pays ; le concept à lui seul explique le manque d’homogénéité de l’ensemble. Si le résultat est de bonne facture et globalement intéressant, on n’atteint pas le niveau d’excellence de Cult Of Fire ; une semi déception, donc.

 

Toute fin 2018, sans crier gare, Death Karma fait son retour avec « The History Of Death & Burial Rituals part II”. Et là, c’est la bonne surprise. Enlevé, épique à souhait, le disque est envoutant . Comment résister à « Haiti – Voodoo » ou à « Czech Rep. – Ossuary » ? Si l’ensemble n’est pas plus homogène que le premier opus, les titres sont plus maîtrisés, plus construit, et la différence avec Cult Of Fire se fait un peu plus sentir (Death Karma réussissant l’exploit d’être encore plus épique et plus lyrique que Cult Of Fure). Cerise sur le gâteau, vous avez le droit à la fin du livret à une longue bibliographie pour chaque pays et rite funéraire afférent ; quand on vous dit que ces mecs-là ne font pas les choses à moitié…

 

Death Karma : www.youtube.com/watch?v=GQB_E1mWy_M

Cult Of Fire “Kali Fire Puja” (live en intégralité) : www.youtube.com/watch?v=cYf19kvQkTA

 

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Episode 8 - The Rockin’ Vickers

 

Dans la série « les 1001 vies de Lemmy Kilmister » (que je vais explorer au fur et à mesure), je vous présente les Rockin’ Vickers.

 

La carrière des Rockin’ Vickers ne dura que 4 ans, de 1963 à 1966, et ils n’enregistreront que 4 singles. Le groupe se forme à Blackpool, et se compose de 4 membres (Harry Feeney au chant, Ian Holdbrook à la guitare, Steven « Mogsy » Morris à la basse et Vyril « Ciggy » Shaw à la batterie). A l’origine, le nom choisi était The Reverend Black & The Rocking Vicars, et leur particularité était de porter le col romain, attribut traditionnel des membres du clergé. Très vite accusé de blasphème par la presse locale, le groupe changera de nom (mais gardera les cols romains).

 

Ce qui différenciera très vite les Rockin’ Vickers des milliers d’autres groupes de Mersey Beat officiant à l’époque, c’est le génie des affaires et de la communication de Feeney qui fera de ce groupe (pourtant quelconque) une valeur phare de la scène, et une entreprise rentable. Leur popularité leur permettra de signer chez Decca, et un premier single « I Go Ape » verra le jour en 1964. Celui-ci n’aura pas le succès escompté, ce qui poussera Ian Holdbrook à quitter le groupe début 1965. 

 

Ian Holdbrook sera remplacé par un certain Ian Fraser Willis (ex Rainmakers et ex Motown Sect), qui saisira sa chance, impressionné par l’attitude rebelle des Vickers (notamment le fait que ceux-ci aient fait fabriquer des amplis custom leur permettant de jouer plus fort que n’importe qui) ; quelques années plus tard, Ian Willis se rebaptisera Lemmy Kilmister (je vous expliquerai pourquoi en temps voulu), mais ceci est une autre histoire.

 

Pour une raison inconnue, « I Go Ape » devient numéro 1 en Finlande courant 65, ce qui amènera le groupe à se rendre à Helsinki, où ils joueront à l’Olympic Stadium devant une foule de plus de 10.000 personnes. L’expérience est tellement forte que le groupe adoptera pour ses futures apparitions des costumes traditionnels finlandais (tout en conservant le col romain). Le second single du groupe, « Zing Went The Strings Of My Heart”, sera d’ailleurs enregistré principalement pour le marché nordique ; il ne sortira même pas en Angleterre.

 

Par la suite, le groupe s’installera à. Londres, et signera avec Shel Talmy Productions/Columbia. Ils fréquentent The Creation, Les Kinks et The Birds (à ne pas confondre avec The Byrds américain).

En mars 1966 sortira le troisième single, « It’s Alright », composé par une certain Pete Townshend (ce titre deviendra avec pas mal de transformations « The Kids Are Alright » sur l’album « My Generation » des Who), qui malheureusement ne marchera pas. 

Une ultime tentative leur sera offerte fin 1966 ; Ray Davies (The Kinks) leur propose « Mr Pleasant », mais les Vickers rejettent le titre pour se lancer sur « Dandy » (ce qui n’est pas une idée de génie, le titre ayant déjà été enregistré par les Kinks pour leur album « Face To Face » sur le point de sortir ; pour l’anecdote, Ray Davies et ses Kinks enregistreront « Mr Pleasant » en 1967 et en feront un n°1 en Angleterre). Encore une fois, c’est un échec commercial pour les Vickers. Celui de trop.

 

A la séparation des Rockin’ Vickers, Steven Morris devient chauffeur de taxi, Ciggy Shaw rejoint le backing band de Solomon King, Harry Feeny devient concessionnaire automobile à Blackpool, et Ian « Lemmy » Willis devient roadie pour le Jimi Hendrix Experience.

 

The Rockin’ Vickers "It’s Alright” : www.youtube.com/watch?v=DUf7pyVbwkI

 

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Episode 7 - Wild Child

 

La première fois que j’ai entendu parlé de Wild Child, c’était en 1984 (j’avais 12 ans), en tombant sur une chronique dithyrambique de l’album « Death Trip » dans les pages d’Enfer Magazine (le premier magazine Metal de France ; les vrais savent). Je me souviens que ça parlait de punk, de metal, des Stooges et du MC5… Bref, tout pour me plaire (oui, j’étais plutôt précoce comme garçon).

 

Dès le samedi suivant, je mettais sans problème la main sur « Speedlife O’Mind » (premier EP autoproduit distribué par New Rose, sorti en 1982). Par contre, impossible de trouver le « Death Trip » pourtant nouvellement sorti via un « vrai » label, Madrigal. D’après les listings (en ces temps anciens, les disquaires publiaient des listes de disques dans les magazines), le précieux objet était disponible chez New Rose, 7 rue Pierre Sarrazin dans le sixième arrondissement de Paris. Mais se rendre chez New Rose, c’était prendre le risque de se faire défoncer la gueule et de se faire piquer ses skeuds, même si tu étais un gamin de 12 ans (Paris était autrement plus violente qu’aujourd’hui, surtout si tu appartenais à une « minorité culturelle » ; punks, skinheads, psychos, metalleux, rockers, mods… tout le monde se foutait allégrement sur la tronche) ; quelques années plus tard, je deviendrai un client très régulier de New Rose, mais entre-temps j’avais appris à me défendre, et pris également le soin de lier quelques amitiés guerrières. Pour la petite histoire, je finis par mettre la main sur « Death Trip » quelques années plus tard au Havre, chez Closer/L’invitation au Suicide, un disquaire (mais aussi un label) tenu par un certain Stéphane Saunier, qui n’est bien évidemment pas encore le Mr Rock de Canal Plus.

 

Mais revenons à Wild Child. Le groupe se forme en 1974 à Marseille. Faute de perspectives locales, les gars prennent la direction de Paris en 1978, dorment dans leur camionnette, sont en mode survie. Fin 81, ils autoproduisent leur premier 45t « Stooge Face », et fin 82 leur premier album « Speedlife O’Mind ». Leur son est brut, Stoogiens, la voix rageuse de Little Jim réponds aux guitares acérées de Leeroy Stanner, les chansons sont addictives, violentes, terriblement efficaces. Il y a beaucoup de punk et un peu de metal dans Wild Child, mais ignorés par la presse hard rock naissante, ce seront les fanzines et les radios pirates qui leur donneront leurs premières expositions médiatiques. Le public commence à répondre présent, et le groupe finit par signer un contrat avec Madrigal (peut-être l’erreur de leur vie). Ivi B. Dog, bassiste, quitte le groupe et est remplacé par Fred Lemarchand peu avant l’enregistrement de « Death Trip ». L’album sort fin 84, et Madrigal ne fait visiblement pas son boulot de label, que ce soit au niveau de la distribution ou du marketing ; pire que tout, en 1985, le gouvernement signe la mort des radios libres (ou pirates), et beaucoup de fanzines issus de la première vague punk française ont disparu ; Wild Child ne peut même pas se replier sur ses soutiens historiques ; il ne lui reste que Rock & Folk, Best et la presse Metal, qui vient de se réveiller comme par miracle. L’album est une fulgurance, mais Wild Child galère, encore et toujours. 

 

En 1985, Phil et Fred quittent le groupe, remplacés par Laurent Bernat (ex Satan Jokers) et Chris Crouzet (ex Stators). Avant le départ de Phil et Fred, Wild Child a enregistré en 3 nuits 9 titres en vue d’un troisième album, « The Next Decline » qui ne verra jamais le jour. En 1986, c’est le chant du cygne.

 

Il faudra attendre 30 ans et l’impulsion inexplicable de Leeroy pour qu’enfin soit exhumé « The Next Decline », qui sortira sur CD avec l’intégralité de « Speedlife O’Mind »  et du premier 45t en bonus. Quel dommage que ce disque n’est pas vu le jour à l’époque ! Si l’esprit et les mauvaises manières des Stooges et du MC5 sont encore là, le son penche désormais plus radicalement vers le Metal. Il y a même deux ballades (« Hard Love » et « Wild Child »), une première pour Wild Child… Plus acceptable pour la communauté metal de l’époque, sans renier ses origines keupones, peut-être que ce disque aurait été enfin celui du succès qui les a toujours fui…

 

Wild Child “She Drives Me Insane” : www.youtube.com/watch?v=49-BiZMdAws

Wild Child "Whatever Happened To Us” : www.youtube.com/watch?v=A7atiZ-Lfyc

 

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Episode 6 - Kat « Ostatni tabor »

 

Février 1985, Varsovie, Pologne, de l’autre côté du rideau de fer. Le général Wojciech Jaruzelski est au pouvoir. Lech Walesa (prix Nobel de la Paix 83) dirige le syndicat Solidarsnoc, qui s’est fait connaître lors des grèves du chantier naval Lénine en 1980, amenant le gouvernement à négocier, ce qui n’était pas franchement une habitude dans un pays du bloc de l’Est. Jean-Paul II, élu pape en 1978 est polonais, et soutiens ouvertement les catholiques de l’Est et Solidarsnoc, ce qui déplaît fortement au Kremlin. La loi martiale, imposée par le pouvoir qui redoutait une invasion du grand frère Russe afin de mater la gronde populaire, a été levée en juillet 1983. Cependant, l’aumônier de Solidarsnoc, Jerzy Popieluszko a été assassiné il y a quelques mois, et la tension est palpable dans l’air.

 

J’ai 13 ans, je suis dans le pays invité par mon oncle diplomate. Je sais que le Slavery Tour d’Iron Maiden est passé par la Pologne quelques semaines plus tôt (une première pour un groupe de l’Ouest ; ils en tireront un documentaire « Behind The Iron Curtain »), et je cherche des traces discographique de ce passage, comme une édition polonaise ou russe de « Powerslave » (qui n’existait pas à l’époque, mais je ne le savais pas encore)… Mais difficile de trouver des disques dans un pays qui déjà lutte pour la nourriture (et pour tout le reste aussi d’ailleurs). Je finis par trouver un disquaire, ou plutôt un appartement en rez-de-chaussée, pas très loin du centre culturel Russe, ou un jeune homme vend le peu de disques disponibles sur le marché, à priori tous visés par la censure. Je ne parle pas polonais, lui ne parle que polonais, mais visiblement, il a compris « Iron Maiden » ; il me fait non de la tête mais me tend un 45t sans pochette, sans étiquette, avec les crédits gravés dans la masse, Kat « Ostatni tabor ». 55 zloty, le prix est gravé dans le disque ; une misère, même si le taux de change n’est pas forcément facile à fixer (les monnaies du bloc soviétiques échappaient à l’économie de marché, elles n’avaient pas de valeur de change autre que celle fixée par les gouvernements). Tant qu’à faire, je l’achète, ça fera un souvenir. De retour en France, je l’écoute. Hard Rock très old school, même pour l’époque, son dégueulasse, mais il y a quand même quelque chose d’accrocheur là-dedans. Je finis par l’oublier, ignorant totalement que je détenais une pièce historique. 

 

Le bloc soviétique s’effondre à l’hiver 89, les frontières s’ouvrent, et peut-être du fait de sa proximité avec l’Allemagne, la Pologne devient en quelques années un pays important de la scène Metal mondiale. Jugez du peu : Behemoth, Vader, Decapitated, MGLA, Medico Pest, Riverside, Belzebong, Blaze Of Perdition, Evilfeast, Furia, Batushka, Hate, Vesania, Acid Drinkers, Elysium, Pathfinder, Graveland… Et sans doute plein d’autres qui ne me viennent pas à l’esprit tout de suite. Bien évidemment, je suis de près la sulfureuse mais ô combien créative scène Black Metal polonaise, et je me rends compte au fil des interviews accordées notamment à Dayal Patterson, qu’un nom revient sans cesse : Kat. Pouvait-il s’agir du même groupe que celui du 45 tours acquis des années plus tôt ?

 

Je me renseigne un peu, et finis par apprendre que Kat est devenu une institution, que « Ostatni tabor » était leur premier 45t, qu’ils ont ouvert pour Hanoi Rocks et Maiden en 86, Metallica en 87, ou encore qu’en 94 ils ont dû enregistrer l’album « Ballady » dans un studio chrétien afin de calmer la presse et l’opinion public qui les accusaient de satanisme, entre autres frasques. C’est surtout la sortie d’un tribute album « Czarne Zastepy - A Tribute To Kat » en 1998 (où figure Behemoth, Vader, Prophecy, North, Insomnia et tant d’autres) qui témoigne de l’importance de ce groupe, qui fût sans aucun doute le plus populaire de Pologne (avant de se faire supplanter par Nergal et sa bande).

 

Hier, je vous parlais de Dust, peut-être le premier groupe de metal américain. Découvrez aujourd’hui Kat, le premier groupe de metal polonais (et peut-être même de tout l’ex bloc soviétique, à vérifier).

 

Kat « Ostatni tabor » (désolé pour la qualité) : www.youtube.com/watch?v=LqSZB7kdRTU

Reprise par Behemoth : www.youtube.com/watch?v=HGtXx-Q8BbY

Kat “Wirocznia” (2008) :  www.youtube.com/watch?v=c6Rxs2QI3Bk

 

 

Dans la playlist du Hellfest Corner : oui

Disponible au shop : vous êtes sérieux, là ? Ce single n’est même pas en vente sur Discogs ! Si vous voulez du Kat, je peux sans doute trouver les albums quelque part.

Episode 5 - "Dust “Dust” et “Hard Attack”

 

Dust a sorti deux albums sur le label Kama Sutra : l’éponyme « Dust » en 1971 et « Hard Attack » en 1972. Deux disques oubliés, commis par un groupe oublié, sur un label oublié…

 

Et pourtant… 

 

Beaucoup d’éminents spécialistes considèrent Dust comme les fondateurs du Metal américain. Il faut dire que contrairement aux anglais, les américains n’ont jamais développé une scène rythm’n’blues blanche, influencée par la soul qui, une fois mixée au rock’n’roll, aura pour effet connexe d’alourdir les guitares et d’accélérer les tempos (cf. The Who, Small Faces, The Artwood…), préparant ainsi le public et les futurs musiciens à la venue d’un son plus puissant encore (Hawkwind, Black Sabbath, Led Zeppelin). 

Alors lorsque les historiens de la musique populaire se retrouveront en présence de l’un des rares groupes américains à avoir développé un son similaire à celui commis à la même époque par la jeunesse de la Perfide Albion, forcément ça les marquera (même si le public à l’époque n’a pas répondu présent, loin s’en faut). 

 

Mais c’est peut-être le parcours post Dust des membres du groupe qui finira par forger le mythe...

 

Dust se forme à la fin des années 60 ; Richie Wise (guitare, voix) s’entoure de deux gamins, Kenny Aaronson et Marc Bell. Le groupe a un gourou, qui fait office de manager, parolier et producteur : Kenny Kerner. 

Rapidement, Dust signe avec Kama Sutra, label aujourd’hui disparu et oublié, qui accueillera pourtant dans ses rangs Gene Vincent, les Flamin’ Groovies, les Shangri-Las, Lovin’ Spoonfull ou encore Fifth Dimension. En 1971 sort « Dust », suivi un an plus tard par « Hard Attack », deux albums qui ne rencontreront absolument aucun succès. Si des titres pour un troisième album sont en route, celui-ci ne verra jamais le jour, Richie Wise décidant de se lancer dans la production.

 

Par la suite, Richie Wise s’associera avec son ex manager, Kenny Kerner, et produira en 1974 et 1975 les deux premiers albums de Kiss, « Kiss » et « Hotter Than Hell » (pour la petite histoire, Richie Wise et Kenny Kerner produiront également Gladys Knight & The Pips, et Wise en solo s’attèlera, entre autres, à la production de Sylvie Vartan, David Hallyday, Willie Nelson et même un certain Adrian Smith… Mais rien à voir avec celui d’Iron Maiden).

 

De son côté, Kenny Aaronson aura une jolie carrière. Dès 1973, avec Stories, il fera un n°1 aux USA avec la reprise du « Brother Louie » de Hot Chocolate. Par la suite, il jouera avec Bob Dylan (ce qui lui vaudra d’être élu bassiste de l’année en 1988 par le magazine Rolling Stone), fera partie un temps du Blue Öyster Cult, accompagnera Joan Jett, Tommy Iommi, David Gilmour, Link Wray, Brian Setzer, Johnny Winter, Lita Ford, Billy Idol pour ne pas tous les citer. En 1994, il auditionnera même pour intégrer les Rolling Stones. Depuis 2011, il a rejoint le line up des New York Dolls, et depuis 2015 celui des Yardbirds.

 

Last but not least, penchons-nous sur le cas du petit Marc Bell. En 1973, il rejoint Estus et jouera sur leur album éponyme. Au milieu des années 70, il devient le batteur du légendaire Richard Hell & The Voivods, qu’il accompagnera jusqu’à l’enregistrement du premier album, « Blank Generation ». En 1978, il est débauché des Voivods pour remplacer Thomas Erdelyi au sein des Ramones ; le personnage de Marky Ramone est né. La suite appartient à l’histoire avec un grand H.

 

Documentaire sur Dust : 

www.youtube.com/watch?v=U4KnOFDxW0c

Interview de Marky Ramone au sujet de Dust : 

www.youtube.com/watch?v=U_-CGUxRAyQ

 

Dans la playlist du Hellfest Corner : pas encore, il faudrait que je m’y colle.

Disponible au shop : ça doit pouvoir se trouver en CD si vous me le demandez gentiment ; en vinyle, n’y comptez même pas, l’unique réédition à 1000 exemplaires datant de 2013 pour le Record Store Day américain.

Episode 4 - Probot

A la fin de l’année 1999, Dave Grohl (ex Nirvana) se met en pause des Foo Fighters et s’isole pour composer une douzaine d’instrumentaux purement Metal, genre qu’il affectionne particulièrement. Contrairement à beaucoup, Dave Grohl aura dans sa jeunesse un parcours « inverse » : c’est le punk qui l’amènera au hardcore, puis au metal, genre qui deviendra alors une vraie passion.

 

Une fois les instrumentaux enregistrés, Dave Grohl dresse une liste d’invités (ses idoles de jeunesse), qu’il contactera au fur et à mesure, leur laissant la liberté sur les textes et même certains arrangements

 

Répondront présent : Cronos (Venom), Max Cavalera (Sepultura), Lemmy Kilmister (Motörhead), Mike Dean (Corrosion Of Conformity), Kurt Brecht (D.R.I.), Lee Dorian (Napalm Death), Wino (The Obsessed), Tom G. Warrior (Celtic Frost), Snake (Voïvod), Eric Wagner (Trouble) et King Diamond (Mercyful Fate). On notera également la présence de Kim Thayil (Soundgarden) à la guitare sur les titres Ice Cold Man et Sweet Dreams.

 

Après 4 ans de labeur, le 10 février 2004, l’album sort enfin sur le petit label Southern Lord (RCA, le label des Foo Fighters, ayant dérogé à son exclusivité pour ne pas avoir à sortir le projet). Avec à peine 3000 exemplaires vendus à travers le monde, c’est objectivement un échec commercial cuisant, surtout si l’on considère la notoriété du principal acteur et la qualité du casting. Pour la petite histoire, Dave Grohl se retrouvera même à racheter les invendus du premier pressage, histoire de soulager les finances de Southern Lord.

 

…Et pourtant, le disque ne manque pas d’intérêt. Du Red War avec Max Cavalera en passant par le fantastique Shake Your Blood avec Lemmy, du Dictatosaurus avec Snake au très beau My Tortured Soul avec Eric Wagner, l’album renferme quelques perles. Surtout, c’est un disque qui, à défaut d’offrir une proposition vraiment cohérente, transpire la passion et le kif. C’est sans doute cette même passion qui conduira Dave Grohl à produire en 2013 et à sa demande le EP « If You Have Ghosts », sur lequel il assure quelques parties de batterie et de guitare, pour un groupe suédois alors encore relativement obscure, Ghost.

 

Shake Your Blood (Lemmy) : 

www.youtube.com/watch?v=o9j8bXMgnpk

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Episode 3 - Old Funeral Our Condolences 1988-1992 (compilation)

Entendons-nous bien : aujourd’hui, je ne vais pas évoquer un chef d’œuvre oublié, mais plutôt un pan d’histoire.

Old Funeral se forme sur les cendres de Satanel le 17 mai 1988 à Bergen (Norvège), avec Olve Eikemo à la basse et au chant, Harald Nævdal, Tore Bratseth puis Varg Vikernes aux guitares et enfin Jan Atle Åserød (Padden) à la batterie.

En 1989, ils publient leur première démo The Fart That Should Not Be, suivie par Abduction Of Limbs en 1990 (toujours considéré comme le premier enregistrement Metal sortant du légendaire Grieghallen Studios), puis, toujours en 1990, le groupe sort son ultime effort, Devoured Carcass EP. Il y aura bien au moins deux autres sessions d’enregistrement (Grieghallen en 1991 et Kardemmommehuset en 1992), mais le résultat restera inédit jusqu’à la sortie en 1999 de la compilation The Older Ones sur le label Hammerheart Records.

Old Funeral disparait en octobre 1992, après la formation d’Immortal par Olve « Abbath » Eikemo et Harald « Demonaz » Nævdal, tandis que Varg Vikernes se fait connaître en utilisant le nom de Count Grishnackh, et fonde son groupe solo Burzum. Le suite de l’histoire est devenue légende.

Dans l’ensemble, la production de Old Funeral, sans être nulle, n’atteindra jamais le sublime, sans même évoquer les textes qui frôlent souvent la crétinerie, comme Grandma Is A Zombie. Les influences de Slaughter, Agathocles, Slayer, Venom, Voivod, Kreator ou encore Bathory sont trop fortes, et le groupe n’a jamais réellement développé une identité propre, malgré quelques fulgurances prometteuses comme Aphis, Abduction Of Limbs ou encore Annoying Individual.

En dehors de l’importance que ses membres auront sur la scène Black Metal, l’intérêt d’Old Funeral est de rappeler que, n’en déplaise (sans doute) à Euronymous, la scène Metal extrême norvégienne n’est pas née à Oslo, mais était bel et bien une sorte de phénomène spontané national, qui a touché aussi bien Bergen, Trondheim que Sandness, comme la naissance d’une expression artistique propre au pays.

The Older Ones : www.youtube.com/watch?v=O9a3hNoQRmU

Rehersales 1990 : www.youtube.com/watch?v=FohQoBNL6yg

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Episode 2 - Music Machine « Turn On »

En 1965, Sean Bonniwell, Ron Edgar et Keith Olsen forme à Los Angeles The Raggamuffins. En 1966, le groupe accueille deux nouveaux membres (Doug Rhodes et Mark Landon) se rebaptise Music Machine et sort un premier single « Talk Talk » qui atteindra la 15ème place des charts, une performance étonnante pour un titre de pur garage rock d’à peine deux minutes, sorti sur le micro label Original Sound.

Le second single (« People In Me ») ne performera pas aussi bien, et il en sera de même pour l’album « Turn On ». Après une tournée promotionnelle émaillée d’incidents et de tensions internes, le groupe explose en plein vol.

Seul, Sean Bonniwell signe chez Warner et sort sous le nom Bonniwell Music Machine un second album qui passera parfaitement inaperçu. Las, Bonniwell vend les droits du groupe et entame une carrière solo. En 2000 sort « Ignition », qui regroupe les titres qui devaient constituer le troisième album de Music Machine, complété par des démos des Raggamuffins.

En 2004, Sean Bonniwell reforme Music Machine pour une première tournée européenne, qui passera par Saint Ouen/Mains d’œuvre le 23 novembre (concert mémorable auquel votre serviteur a eu la chance d’assister).

Le 20 décembre 2011, Sean Bonniwell tirera définitivement sa révérence à 71 ans, des suites d’un cancer de la gorge.

Quel lien avec le Metal ? Il est pourtant évident. Music Machine est un groupe sombre, avec un look fort (costume noir, un unique gant noir à la main droite, gros pendentif à connotation religieuse ou ésotérique autour du cou ; ce dernier gimmick sera d’ailleurs repris quelques années plus tard par Ozzy Osbourne au début de Black Sabbath). Music Machine pratique un garage brut, qui sera la base sur laquelle fleurira quelques années plus tard le punk et le metal. Music Machine aborde abondamment les problèmes psychiatriques (« Trouble », « The People In Me »), comme le feront Alice Cooper puis les Ramones une décennie plus tard. L’histoire chaotique du groupe et sa ville d’origine ne sont pas sans rappeler la scène Glam des années 80, et les querelles sur le nom raisonnent avec les histoires récentes d’Immortal, Entombed ou encore Batushka.

Music Machine - Talk Talk :

www.youtube.com/watch?v=iZExWt-bj-k

Dans la playlist du Hellfest Corner : oui

Disponible au shop : oui

Episode 1 - Wendy O. Williams « W.O.W »

Née en 1949, l’américaine Wendy O. Williams est surtout connue pour être la chanteuse du groupe punk The Plasmatics, où elle officiera de 1977 à 1983, puis de 1987 à 1990. Entre les deux (1984-1986), elle sortira deux albums solo, « Kommander Of Kaos » (1986) et surtout « W.OW. » (1984), produit par Gene Simmons de Kiss. Pour la petite histoire, c’est bel et bien Gene Simmons qui enregistrera toutes les lignes de basse de W.OW. (crédité sous le nom Reginald Van Helsing) ; Ace Freley, Eric Carr, Paul Stanley, Micki Free sont également de la partie et c’est bien Kiss au grand complet qui assurera les chœurs sur l’album (crédité sous le nom The Boys).

W.O.W. n’est pas la première incursion de Wendy dans les contrées métal ; déjà en 1982, il y avait eu cet enregistrement collaboratif entre The Plasmatics et Motörhead, où on la retrouve en duo avec Lemmy sur une reprise du « Stand By Your Man » de Tammy Wynette (tandis que sur la face B, The Plasmatics massacrait « No Class » et que Motörhead s’essayait à reprendre leur « Masterplan »).

L’enregistrement se passe tellement bien que « Fast » Eddie Clarke claque la porte de Motörhead. Cela n’entachera en rien l’amitié entre Lemmy et Wendy (la légende veut qu’il y ait eu plus que de l’amitiés entre eux), et elle rejoindra même Motörhead sur scène en 1985 lors de leur concert du 10ème anniversaire à l’Hammersmith Odeon de Londres.

Car avant toute chose, Wendy monte sur scène, les seins à l’air, massacrant les guitares à coup de tronçonneuse, se faisant à de multiples reprises arrêter pour « provocation sexuelle ». Avant elle, aucune femme dans le rock n’était allé aussi loin.

Remettons les choses dans le contexte de l’époque ; jusqu’alors, une femme qui se lançait dans le binaire avait le droit d’être une folkeuse (Joan Baez, Joni Mitchell, Karen Dalton…), une country girl (Dolly Parton, Tammy Wynette, Loretta Lynn…), une meneuse d’homme (Patti Smith, Debbie Harry, Chrissie Hynde, Janis Joplin…) ; dans le métal, elles sont aussi rares que bloquées dans un idéal type tout à fait masculin (cf Lita Ford)… Mais quasiment aucune d’entre elles n’a eu le courage d’aborder la question de la place de la femme dans la société occidentale, et encore moins le tabou de la sexualité féminine, et surtout pas de façon aussi crue que le fera Wendy O Williams avec des titres comme « Put Your Love On Me », « Fuck That Booty », « Sex Junkie » ou encore « I Love Sex (And Rock’n’Roll) ».

Wendy O Williams, à travers ses mots, son attitude, sa nudité brute, sale, aux antipodes de la femme objet, est à elle toute seule une remise en cause du système patriarcal et de ce que doit être l’image de la femme ; c’est sans doute grâce à Wendy O Williams que des Peaches, des L7, des Babes In Toyland ont pu voir le jour. Aujourd’hui, Lady Gaga, Beyoncé et Miley Cyrus aimeraient jouer quelque part sur le même registre que Wendy ; mais à côté de l’originale, leurs minauderies pop gentiment sexuées et « un tout petit peu mais pas trop » revendicatives manquent sévèrement d’ovaires.

Sur W.O.W., Wendy nous avait prévenu « It’s My Life, and I do what I wanna do, what I like”. Cette philosophie de vie fût aussi celle de sa mort ; le 6 avril 1998, avant de se tirer une balle dans la tête, elle écrira : « I don't believe that people should take their own lives without deep and thoughtful reflection over a considerable period of time. I do believe strongly, however, that the right to do so is one of the most fundamental rights that anyone in a free society should have. For me, much of the world makes no sense, but my feelings about what I am doing ring loud and clear to an inner ear and a place where there is no self, only calm.”

 

It's My Life :

www.youtube.com/watch?v=MunEZyJDedQ

Lemmy Wendy O'Williams Jailbait :

www.youtube.com/watch?v=Eexz5-qcx3I

Dans la playlist du Hellfest Corner : oui

Disponible au shop : malheureusement non

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